{"id":506,"date":"2017-11-13T13:17:00","date_gmt":"2017-11-13T13:17:00","guid":{"rendered":"http:\/\/europeanmemories.net\/frog\/?p=506"},"modified":"2017-11-13T13:17:00","modified_gmt":"2017-11-13T13:17:00","slug":"complexe-memoriel-et-maison-des-memoires-enjeux-des-mises-en-scene-differenciees-des-memoires-de-lexil-republicain-espagnol-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/2017\/11\/13\/complexe-memoriel-et-maison-des-memoires-enjeux-des-mises-en-scene-differenciees-des-memoires-de-lexil-republicain-espagnol-en-france\/","title":{"rendered":"Complexe m\u00e9moriel et Maison des m\u00e9moires Enjeux des mises en sc\u00e8ne diff\u00e9renci\u00e9es des m\u00e9moires de l\u2019exil r\u00e9publicain espagnol en France"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #eb7d4b;\"><a style=\"color: #eb7d4b;\" href=\"https:\/\/www.casadevelazquez.org\/en\/research\/researchers\/anelie-prudor\/\" target=\"_blank\">An\u00e9lie Prudor<\/a><\/span>, doctorante en anthropologie. Membre scientifique de la Casa de Vel\u00e1zquez et de LISST-Centre d\u2019anthropologie sociale (UT2J)<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le village de Septfonds (Tarn-et-Garonne), le territoire et les m\u00e9moires sont marqu\u00e9s par la pr\u00e9sence du camp de Judes (1939-1945) dans lequel furent successivement enferm\u00e9s divers groupes. De nos jours, l\u2019histoire locale se m\u00eale \u00e0 l\u2019histoire nationale et internationale \u00e0 l\u2019occasion des comm\u00e9morations de la victoire alli\u00e9e du 8 mai 1945. La c\u00e9r\u00e9monie organis\u00e9e par la mairie se d\u00e9roule selon un parcours codifi\u00e9, entre les \u00ab\u00a0lieux de m\u00e9moires<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb\u00a0: camp de Judes, oratoire polonais, square hommage aux d\u00e9port\u00e9s juifs, cimeti\u00e8re des Espagnols. Mais cette manifestation r\u00e9v\u00e8le les discordes voire les ruptures entre les acteurs m\u00e9moriels locaux. De la concurrence des m\u00e9moires aux tensions entre certains militants associatifs et la municipalit\u00e9 septfontoise, les griefs sont nombreux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une enqu\u00eate ethnographique permet de mettre en lumi\u00e8re les enjeux de ces m\u00e9morialisations divergentes. Il s\u2019agit ici de revenir plus sp\u00e9cifiquement sur les mises en m\u00e9moire, depuis la France, de l\u2019exil des r\u00e9publicains espagnols suite \u00e0 la guerre d\u2019Espagne (1936-1939) et de leur passage \u00e0 Septfonds. Dans un premier temps, nous pr\u00e9senterons les lieux de m\u00e9moires locaux afin de mieux saisir la complexit\u00e9 de cet espace. Partant de cette connaissance du terrain, l\u2019exemple des comm\u00e9morations de 2017 mettra en lumi\u00e8re les ruptures entre la mairie et les associations. Dans un second temps, nous nous int\u00e9resserons \u00e0 deux projets patrimoniaux aux l\u00e9gitimit\u00e9s diverses et aux objectifs singuliers. Le<em> Complexe m\u00e9moriel<\/em> et la <em>Maison des m\u00e9moires<\/em> traduisent les volont\u00e9s distinctes de leurs promoteurs. Ces protagonistes, leurs actions et leurs discours nous permettront de mieux saisir les modalit\u00e9s diff\u00e9renci\u00e9es de mise en r\u00e9cit d\u2019un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement et les cadres d\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019ils proposent\u00a0: une lutte antifasciste d\u00e9passant les fronti\u00e8res spatiales et temporelles d\u2019une part et une universalisation d\u2019un \u00ab\u00a0plus jamais \u00e7a\u00a0\u00bb, qui participe \u00e0 la valorisation du village, de l\u2019autre. Examiner ces deux mises en r\u00e9cit de l\u2019histoire locale et les cons\u00e9quences m\u00e9morielles qu\u2019ils induisent, permet de questionner le lien entre les m\u00e9moires et les contextes socio-politiques actuels, en France et en Espagne.<strong>*<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 I.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les c\u00e9l\u00e9brations du 8 mai 1945<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 12 novembre 1938, le gouvernement Daladier, confront\u00e9 \u00e0 un accroissement des tensions internationales qui d\u00e9bordent sur le territoire fran\u00e7ais, autorise par d\u00e9cret-loi \u00ab\u00a0l\u2019internement pr\u00e9ventif des \u00e9trangers susceptibles de nuire \u00e0 l\u2019ordre public dans des camps de concentration (l\u2019expression, couramment utilis\u00e9e, ne portait pas encore le stigmate des camps nazis).\u00a0\u00bb (Keren, 2016\u00a0: 141-142). La guerre d\u2019Espagne entra\u00eene plusieurs vagues de migrations, dont la plus cons\u00e9quente, entre la fin janvier et le d\u00e9but f\u00e9vrier 1939 (chute de la Catalogne), concerne entre 450\u00a0000 \u00e0 500\u00a0000 personnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les camps fran\u00e7ais se multiplient<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup><sup>[2]<\/sup><\/sup><\/a>. \u00c0 proximit\u00e9 du village de Septfonds, cinquante hectares sont d\u00e9volus \u00e0 la construction du camp de Judes<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>. Du 5 au 12 mars 1939, environ 16\u00a0000 r\u00e9publicains espagnols sont conduits au \u00ab\u00a0camp de concentration\u00a0\u00bb, selon le vocabulaire de l\u2019\u00e9poque<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>, entour\u00e9 de fils barbel\u00e9s et gard\u00e9 par des militaires. Les wagons transportant les exil\u00e9s sont arr\u00eat\u00e9s en gare de Borredon, \u00e0 6,5 kilom\u00e8tres de l\u2019entr\u00e9e, qu\u2019ils doivent rejoindre \u00e0 pied. Le camp reste en fonctionnement jusqu\u2019en 1945, changeant plusieurs fois de statut, selon le contexte politique fran\u00e7ais. Les groupes d\u2019intern\u00e9s se succ\u00e8dent, \u00ab\u00a0Espagnols [\u2026] et Juifs [\u2026] ont marqu\u00e9 les lieux de leur pr\u00e9sence, mais engag\u00e9s volontaires \u00e9trangers, arm\u00e9e polonaise en France, r\u00e9sistants et collaborateurs ont, tour \u00e0 tour, ensemble ou s\u00e9par\u00e9ment, occup\u00e9 les diverses baraques de ce camp\u00a0\u00bb (Zorzin, 2000\u00a0: 10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chacun a laiss\u00e9 son empreinte dans cet espace. Aujourd\u2019hui, diverses associations entretiennent localement des \u00ab\u00a0lieux de m\u00e9moires\u00a0\u00bb, construits \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup><sup>[5]<\/sup><\/sup><\/a>. C\u2019est au travers du parcours r\u00e9alis\u00e9 habituellement lors des comm\u00e9morations du 8 mai 1945 que nous allons d\u00e9couvrir ces lieux, leurs monuments et les acteurs qui y officient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h3 style=\"text-align: justify;\">1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les lieux de m\u00e9moires de Septfonds<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les participants se rassemblent au matin sur la place de la mairie, parmi eux, les repr\u00e9sentants de l\u2019<em>Association consistoriale isra\u00e9lite de Montauban<\/em>, de deux associations polonaises<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a> et plusieurs associations espagnoles. <em>Iberia Cultura<\/em> se consacre \u00e0 la diffusion de la langue et de la culture espagnoles. <em>M\u00e9moire de l\u2019Espagne r\u00e9publicaine du Tarn-et-Garonne<\/em> (MER\u00a082) et le <em>Centre d\u2019investigation et d\u2019interpr\u00e9tation de la m\u00e9moire de l\u2019Espagne r\u00e9publicaine<\/em> (CIIMER) affichent leur attachement aux m\u00e9moires de la guerre. <em>Pr\u00e9sence de Manuel Aza\u00f1a<\/em>, association montalbanaise dont le bureau est constitu\u00e9 de plusieurs historiens universitaires, est repr\u00e9sent\u00e9e mais ne participe pas activement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La manifestation d\u00e9bute par les discours officiels et les d\u00e9p\u00f4ts de gerbes devant le monument aux morts du village. Ensuite, le collectif se rend \u00e0 l\u2019emplacement du camp pour r\u00e9aliser une offrande florale devant le M\u00e9morial du camp de Judes, inaugur\u00e9 par la mairie le 8 mai 1996. L\u00e0, la St\u00e8le du souvenir \u00e9num\u00e8re les groupes qui y sont pass\u00e9s entre 1939 et 1944\u00a0: \u00ab\u00a0Arm\u00e9e r\u00e9publicaine espagnole, Arm\u00e9e polonaise, Intern\u00e9s politiques, Intern\u00e9s et d\u00e9port\u00e9s juifs, Hommes femmes enfants. Que le souvenir demeure \u00e0 jamais. Passant n\u2019oublie pas\u00a0\u00bb. Deux ans plus tard, le 8 mai 1998, deux plaques explicatives ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es par la mairie dans le but de renforcer le dispositif m\u00e9moriel de ce lieu<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, l\u2019ensemble des participants rejoint des espaces m\u00e9moriels plus sp\u00e9cifiques. L\u2019oratoire des polonais est l\u2019occasion d\u2019un moment de recueillement qui prend certaines ann\u00e9es la forme d\u2019une messe. Ce lieu de culte, \u00e9difi\u00e9 en 1941 par des aviateurs de l\u2019Arm\u00e9e polonaise en France durant leur captivit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9 par la municipalit\u00e9 et inaugur\u00e9 le 8 mai 1995. Le parcours se poursuit au centre du village, o\u00f9 le rabbin prononce une pri\u00e8re devant la plaque hommage aux 295 Juifs d\u00e9port\u00e9s \u00e0 Drancy puis \u00e0 Auschwitz (inaugur\u00e9e le 8 mai 1990), plac\u00e9e dans le square Henry Grau (du nom du plus jeune d\u00e9port\u00e9 depuis Septfonds, inaugur\u00e9 le 8 mai 1998). C\u2019est l\u00e0 que sont nomm\u00e9s les 26 enfants d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 16 heures, au cimeti\u00e8re des Espagnol se d\u00e9roule une derni\u00e8re c\u00e9l\u00e9bration, avec une lecture des noms des 81 r\u00e9publicains espagnols morts dans le camp. Certaines ann\u00e9es, l\u2019<em>Himno de Riego<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><strong>[8]<\/strong><\/a><\/em>, est chant\u00e9 par les militants associatifs. Ce dernier espace est laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019abandon jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. \u00c0 cette date, un habitant du village, Ces\u00e1reo Bustos Delgado (r\u00e9publicain espagnol, d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Mauthausen) entreprend de le r\u00e9habiliter. Le 8 octobre 1978, la <em>F\u00e9d\u00e9ration nationale des d\u00e9port\u00e9s et intern\u00e9s r\u00e9sistant patriotes<\/em> (FNDIRP<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>), gr\u00e2ce \u00e0 une souscription populaire et \u00e0 l\u2019appui de la municipalit\u00e9, inaugure un monolithe constitu\u00e9 de \u00ab\u00a0neuf blocs de pierre superpos\u00e9s en souvenir des neuf principaux camps d\u2019\u2018internement\u2019 en France\u00a0\u00bb (Vidal Casta\u00f1o, 2013\u00a0: 68). \u00c0 partir du 8 mai 1979, une partie des c\u00e9l\u00e9brations se d\u00e9roule en ce lieu. Le 8 mai 1998, \u00e0 l\u2019occasion du jumelage de Septfonds avec Guernica<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, une plaque est appos\u00e9e au bas du monument, dont l\u2019essentiel est r\u00e9sum\u00e9 en ces quelques phrases\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce monument est le symbole de la solidarit\u00e9 Franco-Espagnole. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9 pour honorer la m\u00e9moire des 81 Combattants R\u00e9publicains Espagnols, morts durant leur internement au camp de Judes, 1939-1940, \u00e0 Septfonds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus que la d\u00e9faite, ils ont subi l\u2019\u00e9preuve du rejet derri\u00e8re les barbel\u00e9s, sans savoir, au fond, de quoi ils \u00e9taient coupables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Souvenez-vous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les espaces pr\u00e9sent\u00e9s sont devenus des lieux de m\u00e9moires du fait des actions de la municipalit\u00e9 et des activit\u00e9s de plusieurs associations. Depuis plusieurs ann\u00e9es, les c\u00e9r\u00e9monies du 8 mai 1945 apparaissent comme un moment important dans la concurrence m\u00e9morielle qui existe dans le p\u00e9rim\u00e8tre de Septfonds. Les c\u00e9r\u00e9monies de 2012 et 2014 ont par exemple \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par des prises de positions assez virulentes. Mais la comm\u00e9moration de 2017 marque une scission entre deux regroupements de descendants de r\u00e9publicains espagnols et la municipalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h3 style=\"text-align: justify;\">2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le 8 mai 2017, des tensions<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Acteurs m\u00e9moriels, associatifs et institutionnels, s\u2019opposent sur plusieurs points et en particulier sur la possibilit\u00e9 pour les participants d\u2019arborer le drapeau r\u00e9publicain espagnol au monument aux morts ou de chanter le r\u00e9pertoire associ\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode au cimeti\u00e8re des Espagnols. Ces tensions s\u2019ancrent, de mani\u00e8re sous-jacente, dans deux volont\u00e9s de mise en r\u00e9cit des m\u00e9moires qui ne rev\u00eatent pas les m\u00eames objectifs. En effet, ici comme ailleurs, \u00ab\u00a0les discours de la m\u00e9moire forment [\u2026] une immense cacophonie, pleine de bruit, de clameurs et de controverses. O\u00f9 que l\u2019on se tourne, un pass\u00e9 comm\u00e9mor\u00e9 ou ha\u00ef, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 ou occult\u00e9, racont\u00e9, transform\u00e9, voire invent\u00e9, est saisi dans les mailles du pr\u00e9sent\u00a0\u00bb (Robin, 2007\u00a0: 395).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9v\u00e9nements du 8 mai 2017 ne d\u00e9rogent pas \u00e0 cette interpr\u00e9tation tant ils soulignent les cons\u00e9quences et les causes de cette cacophonie. \u00c0 11 heures, sur la place de la mairie de Septfonds, une centaine de personnes est rassembl\u00e9e autour du monument aux morts afin de comm\u00e9morer \u00ab\u00a0la victoire de la d\u00e9mocratie, des valeurs universelles de la libert\u00e9 et de la dignit\u00e9 humaine\u00a0\u00bb (Message du secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aupr\u00e8s du ministre de la D\u00e9fense, charg\u00e9 des Anciens combattants et de la M\u00e9moire, lu le 8 mai 2017). Aux c\u00f4t\u00e9s des drapeaux fran\u00e7ais, plusieurs drapeaux r\u00e9publicains espagnols (rouge, jaune, mauve) et deux drapeaux polonais sont visibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chose plus surprenante, les membres du CIIMER et\/ou de MER\u00a082 l\u00e8vent des pancartes o\u00f9 est reproduit le tableau <em>Guernica<\/em> de Picasso, encadr\u00e9 d\u2019un court texte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a026 avril 1937, Guernica, 80<sup>e<\/sup> anniversaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">8 mai 1998, jumelage Septfonds-Guernica, 19<sup>e<\/sup> anniversaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Solidarit\u00e9 pour la libert\u00e9\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les militants de l\u2019association, s\u2019ils sont pr\u00e9sents au monument aux morts et \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie qui se tient au camp de Judes, sont en revanche absents durant les autres \u00e9tapes, montrant par l\u00e0 leur d\u00e9sapprobation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certaines initiatives. Ils quittent en effet le cort\u00e8ge pour se rendre directement au cimeti\u00e8re, ainsi qu\u2019ils l\u2019ont annonc\u00e9 quelques jours plus t\u00f4t dans une lettre ouverte adress\u00e9e au maire, largement diffus\u00e9e et intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Contre l\u2019ostracisme, vive la Libert\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Parole interdite, m\u00e9moires tronqu\u00e9es, associations m\u00e9pris\u00e9es, c\u2019est indigne de Septfonds. Ce 8 mai 2017, nous c\u00e9l\u00e8brerons les id\u00e9aux de Libert\u00e9 de ceux qui furent rel\u00e9gu\u00e9s au camp de concentration de Judes. Nous saluerons la m\u00e9moire des anciens prisonniers et maires de Septfonds qui ont pr\u00e9serv\u00e9 et r\u00e9habilit\u00e9 les vestiges du camp. Puis agi ensemble pour d\u00e9cider en 1998 le significatif jumelage de Septfonds avec Guernica (martyris\u00e9e le 26 avril 1937), actuellement r\u00e9duit \u00e0 la portion congrue\u00a0: l\u2019ostracisme appauvrit toujours la pens\u00e9e et l\u2019action.\u00a0\u00bb (lettre ouverte au maire de Septfonds, le 4 mai 2017)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le cort\u00e8ge officiel arrive au cimeti\u00e8re des Espagnols, les participants d\u00e9couvrent que les membres du CIIMER ont d\u00e9pos\u00e9 des \u0153illets sur chaque tombe et une couronne au pied du monolithe. Sur celui-ci, ils ont \u00e9galement fix\u00e9 une \u00ab\u00a0pancarte Guernica\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lettre ouverte donne quelques explications sur les raisons de cette division. Les militants d\u00e9plorent qu\u2019\u00e0 l\u2019instar de leurs homologues, ils ne puissent prendre part \u00e0 l\u2019organisation de la c\u00e9r\u00e9monie\u00a0: \u00ab\u00a0nous avons chaque fois regrett\u00e9 une inadmissible diff\u00e9rence de traitement lors de la c\u00e9r\u00e9monie concernant les Espagnols\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). Toutefois, un autre argument appara\u00eet en filigrane\u00a0: \u00ab\u00a0Au cimeti\u00e8re des Espagnols o\u00f9 81 d\u2019entre eux reposent parce que c\u2019est l\u00e0 qu\u2019ils furent injustement enferm\u00e9s en tant que R\u00e9publicains r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). Par cette phrase, l\u2019accent est mis sur le positionnement de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019\u00e9gard des civils et des combattants antifascistes espagnols en 1939 et la cr\u00e9ation de \u00ab\u00a0camps de concentration\u00a0\u00bb, parmi lesquels celui de Judes. L\u2019utilisation de l\u2019expression \u00ab\u00a0camp d\u2019internement\u00a0\u00bb par les institutions (mairie de Septfonds mais aussi M\u00e9morial du camp de Rivesaltes<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, etc.) est qualifi\u00e9e de r\u00e9visionnisme par les militants. Afin de respecter et de faire respecter le r\u00e9cit des t\u00e9moins dont ils s\u2019estiment les d\u00e9positaires et les h\u00e9ritiers, ils s\u2019engagent dans une v\u00e9ritable lutte. Ils ont \u00e0 de nombreuses reprises d\u00e9nonc\u00e9 ce terme dans la presse locale et nationale, lors de conf\u00e9rences, dans des lettres ouvertes adress\u00e9es \u00e0 des historiens universitaires, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la question de la concurrence des m\u00e9moires ne peut \u00eatre ignor\u00e9e, ce sont ici les relations entre la mairie et MER\u00a082 \/ CIIMER qui incitent \u00e0 questionner plus particuli\u00e8rement les vell\u00e9it\u00e9s de transmissions et les mises en r\u00e9cits de ces m\u00e9moires. Car depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9e, ces associations, se r\u00e9approprient les m\u00e9moires du camp et du cimeti\u00e8re tout en s\u2019implantant dans un nouveau lieu\u00a0: la gare de Borredon. En (r\u00e9)investissant ces espaces, ils proposent une mise en r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements qui concurrence celle port\u00e9e par la mairie lors des 8 mai et au sein d\u2019un espace mus\u00e9ographique nouveau, la <em>Maison des m\u00e9moires<\/em>. Quelles sont les activit\u00e9s, les revendications et les positionnements de ces acteurs\u00a0? Quels r\u00e9cits proposent-ils \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale et comment s\u2019ins\u00e8rent-ils dans des logiques m\u00e9morielles plus larges, transfrontali\u00e8res ou nationales\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h2 style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 II.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Des acteurs, des projets et des r\u00e9cits<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De la gare de Borredon au Complexe m\u00e9moriel<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2006, \u00e0 Montauban est fond\u00e9e par des descendants d\u2019exil\u00e9s r\u00e9publicains espagnols l\u2019association <em>M\u00e9moire de l\u2019Espagne r\u00e9publicaine du Tarn-et-Garonne<\/em> (MER\u00a082). D\u00e9clar\u00e9e au Journal officiel en mars 2007, ses objectifs sont de\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Faire vivre en Tarn-et-Garonne la m\u00e9moire des r\u00e9publicains espagnols\u00a0; faire conna\u00eetre leur contribution \u00e0 la lutte antifasciste\u00a0; conserver et transmettre la m\u00e9moire de la Retirada et des camps de concentration\u00a0; d\u00e9couvrir et\/ou se r\u00e9approprier les lieux de m\u00e9moire\u00a0; soutenir les actions men\u00e9es en Espagne pour r\u00e9cup\u00e9rer la m\u00e9moire historique\u00a0; porter attention \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture et aux r\u00e9visions falsificatrices.\u00a0\u00bb (Texte extrait de l\u2019exposition r\u00e9trospective, 10<sup>e<\/sup> Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de MER\u00a082<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup><sup>[12]<\/sup><\/sup><\/a>, le 4 mars 2017)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi ses manifestations embl\u00e9matiques figure une marche m\u00e9morielle annuelle organis\u00e9e le samedi situ\u00e9 entre le 5 et le 12 mars, semaine de l\u2019arriv\u00e9e des premiers convois en 1939. Les participants entendent se glisser dans les pas des r\u00e9publicains espagnols, en effectuant le trajet que ces derniers ont emprunt\u00e9 entre la gare et le camp. C\u2019est lors de la troisi\u00e8me \u00e9dition de cette marche que les militants apprennent la mise en vente de la gare et lancent une souscription populaire. L\u2019achat est conclu en 2011 et, apr\u00e8s plusieurs mois de travaux, la gare est inaugur\u00e9e le 7 avril 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019intervalle, le 1<sup>er<\/sup> octobre 2011, elle devient le si\u00e8ge d\u2019un regroupement d\u2019associations (48 au 12 mars 2017, Comit\u00e9 de pilotage du CIIMER) fran\u00e7aises et espagnoles auxquelles s\u2019ajoutent une belge et une marocaine\u00a0: le <em>Centre d\u2019investigation et d\u2019interpr\u00e9tation de la m\u00e9moire de l\u2019Espagne r\u00e9publicaine<\/em>. Les membres souhaitent cr\u00e9er un <em>Complexe m\u00e9moriel<\/em>, selon leur expression, constitu\u00e9 de la gare, du camp, du cimeti\u00e8re<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup><sup>[13]<\/sup><\/sup><\/a> et de la tombe de Manuel Aza\u00f1a, situ\u00e9e non loin de l\u00e0, \u00e0 Montauban<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup><sup>[14]<\/sup><\/sup><\/a>. Leur objectif est de remettre en avant la m\u00e9moire des espagnols r\u00e9publicains exil\u00e9s en Tarn-et-Garonne \u00ab\u00a0au service de l\u2019histoire de leurs combats et de leurs id\u00e9aux\u00a0\u00bb (d\u00e9pliant du CIIMER). En ce sens, les militants insistent sur leur statut d\u2019h\u00e9ritiers qui les inscrit dans une forme de continuit\u00e9 du combat de leurs a\u00efeux. Ils valorisent leur fid\u00e9lit\u00e9 aux r\u00e9cits des t\u00e9moins et la v\u00e9racit\u00e9 des m\u00e9moires dont ils sont les porteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En incluant la guerre d\u2019Espagne, la <em>Retirada<\/em>, les camps fran\u00e7ais et les d\u00e9portations en Allemagne ou encore la participation d\u2019une partie des exil\u00e9s r\u00e9publicains \u00e0 la r\u00e9sistance et \u00e0 la lib\u00e9ration de la France, ils construisent un r\u00e9cit centr\u00e9 sur l\u2019antifascisme europ\u00e9en\u00a0; ils inscrivent cette m\u00e9moire dans des bornes chronologiques de la guerre \u00e9largies, allant de 1936 \u00e0 1945. Elle permet d\u2019activer un r\u00e9seau transfrontalier entre des associations<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup><sup>[15]<\/sup><\/sup><\/a> qui individuellement se concentrent sur des \u00e9pisodes pr\u00e9cis \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale (combats ou fosses communes en Espagne, lieux de l\u2019exil ou de la r\u00e9sistance en France). L\u2019implication du CIIMER \/ MER\u00a082 dans les comm\u00e9morations du 8 mai 1945 est justifi\u00e9e par cette continuit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Pour les Espagnols r\u00e9publicains qui l\u2019avaient combattu [le fascisme europ\u00e9en] les armes \u00e0 la main d\u00e8s 1936 \u2013 tout au moins pour ceux qui avaient surv\u00e9cu \u00e0 9 ans de guerre \u2013 le 8 mai 1945 fut un jour de joie et d\u2019espoir\u00a0\u00bb. (Lettre ouverte au maire de Septfonds, <em>op. cit.<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces militants m\u00e9moriels ne sont pas seulement tourn\u00e9s vers le pass\u00e9, ils proposent une interpr\u00e9tation de l\u2019histoire au regard des m\u00e9moires dont ils sont les h\u00e9ritiers. Les relations qu\u2019entretiennent MER\u00a082 \/ CIIMER avec la mairie de Septfonds, porteuse d\u2019un autre r\u00e9cit m\u00e9moriel, sont directement impact\u00e9es. Ce r\u00e9cit municipal est diffus\u00e9 durant les comm\u00e9morations du 8 mai 1945 mais \u00e9galement au sein de la <em>Maison des m\u00e9moires<\/em> dont les portes-ouvertes<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\"><sup><sup>[16]<\/sup><\/sup><\/a> se sont d\u00e9roul\u00e9es le 6 mai 2017. Cette concurrence permet d\u2019interroger les \u00e9critures d\u2019une histoire locale au prisme d\u2019enjeux politiques et m\u00e9moriels bien plus contemporains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h3 style=\"text-align: justify;\">2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La Maison des m\u00e9moires, un projet municipal<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab\u00a0Maison et Promenades des m\u00e9moires de Septfonds\u00a0\u00bb (d\u00e9nomination du Dossier de presse), est un projet municipal n\u00e9 en 2013 qui b\u00e9n\u00e9ficie du soutien de l\u2019\u00c9tat, de l\u2019Europe, de l\u2019Occitanie, du Tarn-et-Garonne et du Pays Midi-Quercy. L\u2019objectif est de \u00ab\u00a0reconstituer une grande part de [l\u2019]histoire des XIX<sup>e<\/sup> et XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.), dans une b\u00e2tisse, ancienne chapellerie de Raymond Peyri\u00e8res, localis\u00e9e la rue des D\u00e9port\u00e9s. L\u2019ancien propri\u00e9taire de la maison, r\u00e9sistant communiste, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 pour ses id\u00e9es politiques, d\u00e9port\u00e9, il est mort \u00e0 Buchenwald.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet espace mus\u00e9ographique, combin\u00e9 \u00e0 deux parcours p\u00e9destres, pr\u00e9sente l\u2019activit\u00e9 chapeli\u00e8re septfontoise, le pionnier de l\u2019aviation Dieudonn\u00e9 Costes (originaire du village) et le camp de Judes. Ainsi, industrie, personnalit\u00e9s locales et histoire de la Seconde Guerre mondiale se d\u00e9tachent de la trame des \u00e9v\u00e9nements politiques nationaux et internationaux pour \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 aux visiteurs. Cette mise en relation de ces diff\u00e9rentes p\u00e9riodes est justifi\u00e9e par \u00ab\u00a0la th\u00e9matique du d\u00e9placement de populations, des valeurs d\u2019accueil et d\u2019hospitalit\u00e9\u00a0\u00bb (Tract de la <em>Maison des m\u00e9moires<\/em>), qui permettent\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0[d\u2019]observer comment de l\u2019activit\u00e9 chapeli\u00e8re au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle a fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019architecture du village et comment la pr\u00e9sence du Camp de Judes, ouvert en 1939 pour l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s espagnols de la Retirada, a fait de Septfonds un haut lieu de m\u00e9moire des conflits de la Seconde Guerre mondiale. Partez \u00e0 la rencontre des personnalit\u00e9s locales, dont l\u2019aviateur Dieudonn\u00e9 Costes, qui participent \u00e0 la m\u00e9moire de Septfonds.\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 6 mai 2017, \u00e0 10 heures, la visite de la <em>Maison des m\u00e9moires<\/em> d\u00e9bute et des parcours p\u00e9destres comment\u00e9s par des b\u00e9n\u00e9voles sont propos\u00e9s. Sous des barnums, les membres de l\u2019association <em>La Paillole<\/em> (qui conserve la m\u00e9thode de fabrication de chapeaux de paille) font des d\u00e9monstrations de tressage. Aucun repr\u00e9sentant de MER\u00a082 ou du CIIMER n\u2019est pr\u00e9sent\u00a0; ce n\u2019est que dans l\u2019apr\u00e8s-midi qu\u2019un petit groupe viendra visiter le lieu, distribuer des tracts du CIIMER et d\u00e9plorer de n\u2019avoir pas re\u00e7u d\u2019invitation formelle, ce que le maire d\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de cette incursion, ils reprochent \u00e0 la municipalit\u00e9 de n\u2019avoir pas fait r\u00e9f\u00e9rence au jumelage Septfonds-Guernica dans la <em>Maison des m\u00e9moires<\/em> ou lors de la c\u00e9r\u00e9monie du 8 mai. S\u2019ils le soulignent volontiers dans nos \u00e9changes oraux, un mail intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Il est temps que cela cesse\u00a0!!\u00a0\u00bb diffuse l\u2019information au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re pyr\u00e9n\u00e9enne\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Alors que Septfonds est jumel\u00e9e avec Guernica depuis le 8 mai 1998 (gr\u00e2ce \u00e0 nos anciens et gr\u00e2ce au maire d\u2019alors, lui-m\u00eame fils d\u2019officier allemand antinazi), le maire actuel n\u2019a pas eu un mot ce 8 mai 2017 pour \u00e9voquer Guernica. Rappelons que 2017 correspond au 80<sup>e<\/sup> anniversaire du bombardement.\u00a0\u00bb (Le 17 mai 2017)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rappeler les bombardements de Guernica par l\u2019aviation hitl\u00e9rienne et mussolinienne, permet aux militants de r\u00e9insuffler l\u2019antifascisme dont ils sont les h\u00e9ritiers et les continuateurs. Ce faisant, ils r\u00e9inscrivent ces luttes, pr\u00e9sentes et pass\u00e9es, dans une m\u00e9moire politis\u00e9e. L\u2019\u00e9vocation des liens existants entre la France et l\u2019Espagne, entre Septfonds et Guernica, dont le maire ne se saisit pas, leur laisse la possibilit\u00e9 de r\u00e9investir un peu plus l\u2019aspect transfrontalier dont ils sont les constructeurs et les moteurs. Enfin, ce jumelage, pass\u00e9 sous silence, leur offre l\u2019opportunit\u00e9 de l\u00e9gitimer leurs luttes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur les murs du patio menant \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la Maison des m\u00e9moires, sont inscrits les mots \u00ab\u00a0hospitalit\u00e9, m\u00e9moire, exil, migration, \u00e9change, solidarit\u00e9, refuge<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb, \u00e9galement traduits en anglais et espagnols. La mise en r\u00e9cit officielle de l\u2019histoire du camp se dessine et elle semble s\u2019appuyer sur d\u2019autres ressors que celle des descendants. Ces mots et \u00ab\u00a0la th\u00e9matique du d\u00e9placement de populations, des valeurs d\u2019accueil et d\u2019hospitalit\u00e9\u00a0\u00bb (Tract, <em>op. cit.<\/em>) ne laissent pas les militants indiff\u00e9rents. Lors d\u2019une discussion informelle, l\u2019un d\u2019entre eux me fait remarquer qu\u2019en incluant aux m\u00e9moires locales celle du camp de concentration, il aurait \u00e9t\u00e9 plus judicieux que la municipalit\u00e9 ne fasse pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0hospitalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les portes-ouvertes se d\u00e9roulent la veille du second tour des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles fran\u00e7aises, qui oppose Marine le Pen (<em>Front National<\/em>) \u00e0 Emmanuel Macron (<em>En Marche<\/em>). Cette concordance des dates incite les orateurs, repr\u00e9sentants des institutions partenaires, \u00e0 concentrer leurs discours sur le camp, dans une parole promouvant la d\u00e9mocratie. Le maire souligne que l\u2019objectif de ce lieu est \u00ab\u00a0de sauvegarder mais surtout de transmettre l\u2019histoire locale aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations, afin de ne pas [la] r\u00e9p\u00e9ter\u00a0\u00bb (Discours officiel, le 6 mai 2017). Le repr\u00e9sentant du Tarn-et-Garonne \u00e9voque l\u2019engagement de la municipalit\u00e9 de Septfonds\u00a0: \u00ab\u00a0Pour nous, pour nos enfants, petits-enfants, pour qu\u2019ils ne soient pas \u00e0 leur tour oblig\u00e9s de s\u2019exiler\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>). Quelques minutes plus tard, le repr\u00e9sentant de la r\u00e9gion Occitanie souligne qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0moment d\u2019histoire qu\u2019on ne veut plus voir et dont il faut se souvenir. Parce que le temps fait malheureusement son \u0153uvre. Nous le voyons bien avec la banalisation d\u2019un certain nombre de propos et la p\u00e9riode [y] est propice\u00a0\u00bb (<em>Ibid.<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire locale prend une valeur d\u2019exemple et les m\u00e9moires doivent servir la transmission aux citoyens de demain dans un objectif de \u00ab\u00a0plus jamais \u00e7a\u00a0\u00bb. Si l\u2019antifascisme du combat des r\u00e9publicains est rappel\u00e9, il s\u2019agit d\u2019en \u00ab\u00a0universaliser\u00a0\u00bb la part m\u00e9morielle, de la d\u00e9politiser, tout en en valorisant l\u2019\u00e9chelle locale comme en t\u00e9moignent les notions d\u2019hospitalit\u00e9 ou de refuge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>*\u00a0<\/strong><em>\u00c0 Septfonds, depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, les acteurs m\u00e9moriels \u0153uvrent \u00e0 des mises en r\u00e9cits distinctes de l\u2019arriv\u00e9e et de l\u2019accueil des r\u00e9publicains espagnols. Ils proposent deux mises en r\u00e9cit de l\u2019\u00e9v\u00e9nement (mus\u00e9es, lieux de m\u00e9moires, comm\u00e9morations qui y sont li\u00e9es) dont la rencontre ne va pas sans frictions entre les porteurs de projets.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Expression attribu\u00e9e \u00e0 Pierre Nora (voir Nora, 1984). Le choix de mettre ici le terme m\u00e9moires au pluriel permet d\u2019insister la variabilit\u00e9 de ce mot, voir Lavabre, 2000.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Sur le th\u00e8me des camps fran\u00e7ais, voir Peschanski, 2002. Sur l\u2019exil espagnol en France, voir T\u00e9mime et Dreyfus-Armand, 1994.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Amalric, 2005.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Le terme de camp d\u2019internement, aujourd\u2019hui favoris\u00e9 au regard de l\u2019exp\u00e9rience nazie, est d\u00e9cri\u00e9 par les militants associatifs de ce terrain qui souhaitent que ce qualificatif initial soit r\u00e9habilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Pour sur la chronologie de la construction des divers lieux, les acteurs et les tensions, voir Zorzin, 2000.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Association des anciens combattants polonais en France<\/em> et <em>Polonia\u00a082<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Sur les tensions concernant la mise en m\u00e9moire du camp, voir Zorzin, <em>op. cit.\u00a0<\/em>: 68-77.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Hymne de la Seconde R\u00e9publique espagnole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Pour en savoir plus, voir le site internet de l\u2019association http:\/\/www.fndirp.asso.fr\/.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Guernica, ville du pays-basque espagnol, bombard\u00e9e le 26 avril 1937 par les avions de l\u2019Allemagne nazie et de l\u2019Italie mussolinienne, en soutien des franquistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Dont l\u2019inauguration en octobre 2015 a donn\u00e9 lieu \u00e0 une controverse, toujours en cours, entre certaines associations de descendants de r\u00e9publicains espagnols et le conseil scientifique du M\u00e9morial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Texte int\u00e9gral\u00a0: http:\/\/www.mer82.eu\/crbst_5.html.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Inscrits au patrimoine culturel immat\u00e9riel fran\u00e7ais (arr\u00eat\u00e9 du 9 septembre 2011).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Dernier pr\u00e9sident de la Seconde R\u00e9publique espagnole, mort en exil \u00e0 Montauban le 3 novembre 1940. Voir, entre autres, Juli\u00e1, 2008.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Il ne sera pas question dans cet article des tensions entre associations li\u00e9es aux h\u00e9ritages politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Le maire refuse de parler d\u2019inauguration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un lieu d\u2019accueil destin\u00e9 aux femmes et enfants de l\u2019exil r\u00e9publicain espagnol, au centre du village.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">AMALRIC, Jean Pierre 2005. \u00ab\u00a0Tarn-et-Garonne\u00a0: deux lieux de m\u00e9moire de l\u2019exil espagnol\u00a0\u00bb, in COLLECTIF, <em>R\u00e9publicains espagnols en Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es\u00a0: exil, histoire et m\u00e9moire<\/em>, Toulouse, PUM, coll. Hesp\u00e9rides, p. 324-329.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DREYFUS-ARMAND, Genevi\u00e8ve et T\u00c9MIME, \u00c9mile 1994. <em>Les camps sur la plage, un exil espagnol<\/em>, Paris, \u00c9d. Autrement, coll. Fran\u00e7ais d\u2019ailleurs, peuple d\u2019ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">NORA, Pierre 1984. \u00ab\u00a0Entre M\u00e9moire et Histoire. La probl\u00e9matique des lieux\u00a0\u00bb, in NORA, Pierre (dir.). <em>Les lieux de m\u00e9moire (tome 1). La r\u00e9publique<\/em>, Paris, Gallimard, coll. Biblioth\u00e8que illustr\u00e9e des histoires, p. XVII-XLII.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PESCHANSKI, Denis 2002. <em>La France des camps. L\u2019internement, 1938-1946<\/em>, Paris, Gallimard, coll. La suite des temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JULI\u00e1, Santos 2008. <em>Vida y tiempo de Manuel Aza\u00f1a, 1880-1940<\/em>, Madrid, Taurus, coll. Memorias y biograf\u00edas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LAVABRE, Marie-Claire 2000. \u00ab\u00a0Usages et m\u00e9susages de la notion de m\u00e9moire\u00a0\u00bb, <em>Critique internationale<\/em>, n\u00b0 7, p. 48-57.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ROBIN, R\u00e9gine 2007. \u00ab\u00a0Un pass\u00e9 d\u2019o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience s\u2019est retir\u00e9e\u00a0\u00bb, <em>Ethnologie fran\u00e7aise \u00ab\u00a0M\u00e9moires plurielles, m\u00e9moires en conflit\u00a0\u00bb<\/em>, p. 395-400.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">VIDAL CASTA\u00d1O, Jos\u00e9 Antonio 2013. <em>Exiliados republicanos en Septfonds (1939)<\/em>, Madrid, Los libros de la Catarata.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ZORZIN, Sylvain 2000. <em>Le camp de Septfonds (Tarn-et- Garonne)\u00a0: Soixante ans d\u2019histoire et de m\u00e9moires (1939-1999<\/em>), Bordeaux, Institut d\u2019\u00e9tudes politiques, M\u00e9moire de recherche sous la direction de Jean Petaux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>An\u00e9lie Prudor, doctorante en anthropologie. Membre scientifique de la Casa de Vel\u00e1zquez et de LISST-Centre d\u2019anthropologie sociale (UT2J) Dans le village de Septfonds (Tarn-et-Garonne), le territoire et les m\u00e9moires sont marqu\u00e9s par la pr\u00e9sence du camp de Judes (1939-1945) dans lequel furent successivement enferm\u00e9s divers groupes. De nos jours, l\u2019histoire locale se m\u00eale \u00e0 l\u2019histoire &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-506","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-axis-2-remembrance-and-transmission"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=506"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/506\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":507,"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/506\/revisions\/507"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=506"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/europeanmemories.net\/frog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}